USA 2016 presidential election

Enfin, nous y voilà ! Ce lundi 1er février les « primaires » vont, enfin, débuter aux Etats-Unis avec le vote de l’Iowa (vote que l’on appelle « caucus » parce qu’il se déroule lors de réunions publiques, et non par suffrage direct).  « Enfin! », parce que ce vote va donner la première mesure concrète de l’état d’esprit des électeurs américains après neuf mois d’une campagne mouvementée.

Deux personnalités ont dominé les débats :  Donald Trump chez les Républicains, Hillary Clinton chez les Démocrates. Le premier est celui que l’on n’attendait pas, et dont la popularité médiatique surprend. La seconde  est, au contraire, celle que tout le monde attendait, mais dont l'impopularité latente continue d'interpeller. 

USA 2016 presidential candidates

Au-delà de ces deux personnalités, une douzaine de candidats sont en lice côté républicain, contre deux  côté démocrate. Mais, malgré de multiples débats télévisés,  des dizaines de réunions publiques et des centaines d’interviews, il est bien difficile d’établir un état des forces en présence. De sorte que le vote de l’Iowa va « enfin » éclaircir un peu les choses.

bernie-sanders

Côté démocrate, la question concerne la popularité réelle de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont et socialiste avoué. Est-il en mesure de déstabiliser Hillary Clinton ? Ou bien  la course à la nomination va-t-elle s’avérer finie avant même d’avoir commencé. Selon les sondages les deux candidats seraient à égalité avec 45% des intentions de vote. Mais les enquêtes d’opinion ont une fiabilité très relative outre-Atlantique. Si Sanders recueille moins de 30% des voix, contre 60% ou plus à Hillary, c’en sera quasiment terminé de sa candidature.  Un tel écart, face à une candidate dotée des moyens dont dispose l'ex-Première dame,  serait insurmontable. A l’inverse si Bernie Sanders réalise un score supérieur à 40%, sa candidature gagnera en crédibilité. Et si, surprise, il venait à remporter ce vote, ce serait un coup terrible porté à l’image et à l’amour propre d’Hillary Clinton. Cette défaite rappellerait celle de 2008, quand elle avait été battue par Barack Obama, et remettrait en cause l’inévitabilité de sa victoire finale…

Hillary Clinton, secretary of State

Côté républicain les choses sont plus complexes. Mis à part l’inénarrable Donald Trump, aucun candidat n’est parvenu à émerger. Ils se morfondent, pour la plupart, dans les profondeurs des sondages avec entre 1 et 5% des  intentions de vote. Le « caucus » de l’Iowa sera donc source de deux enseignements: un, établir une hiérarchie entre eux; deux, indiquer le soutien réel dont bénéficie M. Trump.
Toutefois ces enseignements auront leurs limites. La réponse, quelle qu’elle soit,  sera tout sauf définitive.
L’Iowa est le premier Etat à se prononcer. Mais à peine 1% des délégués nécessaires à la nomination, de chacun des deux grands partis américains, y seront attribués. 

Iowa caucus

Depuis la campagne présidentielle de 1972, l’Iowa a le statut de « first in the nation ». Il ouvre les scrutins des primaires.  Des cinquante Etats de l’Union, il est le premier à voter. C’est une tradition. Une règle non écrite qui fait que ce  vote suscite de la part des candidats et des média un intérêt inégalé. Le vote de l’Iowa n’est pas suivi de près  parce qu’il est important. Il est important parce qu’il est suivi de près. 

Iowa

L’Iowa est un Etat du « midwest », situé presque au centre géographique des Etats-Unis. Sa superficie est de  56 000 km²  et  il compte 3 millions d’habitants. Il est dix fois plus petit que la France et vingt fois moins peuplé.  Son nom dérive d’une tribu indienne, les Ioways.  Sa capitale s’appelle  Des Moines, du nom de son principal cours d’eau.  Prononcé  à l’américaine,  Des Moines devient « di-mogne’z »,  mais le nom est bel et bien français et rappelle que ce territoire fut,  au XVIIIe siècle , propriété de  la couronne. Napoléon le vendit en 1803 au président Thomas Jefferson avec le reste de ce qui s’appelait alors la Louisiane…

Des Moines Iowa

Longtemps l’Iowa a été considéré comme « le cœur de l’Amérique » (« Americas’ Heartland »). C’était une Amérique en miniature et le pays votait à son image.  D’où une réputation valorisante d’oracle politique.  Aujourd’hui sa sociologie n’est plus représentative de celle du pays.  L’Iowa est blanc  à 92%. Avec une population de souche allemande (35%), anglaise, irlandaise, et norvégienne.  Moins de 3% de ses résidents sont des « foreign born », c’est-à-dire «  nés à l’étranger ».  Or les Etats-Unis sont marqués par la mixité ethnique et, au plan national, les blancs n’y sont plus que 65%, face à 16% d’hispaniques, 12% de noirs et 5% d’asiatiques… C’est aussi un Etat où les évangélistes sont nombreux et actifs, ce qui tend à biaiser ses résultats en faveur des candidats aux convictions religieuses fortes.

Iowa America's heartland

Chez les démocrates, L’Iowa demeure un baromètre fiable de l’issue des primaires. Le candidat qui arrive en tête dans l’Iowa, finit en général par emporter la nomination.  Ce fut le cas en 2008 avec Barack Obama, qui rassembla 38% des suffrages, contre 28% pour Hillary Clinton, reléguée à la troisième place, derrière John Edwards. Ce fut le cas également en 2004 avec John Kerry, en 2000 avec Al Gore, en 1984 avec Walter Mondale et en 1976 avec Jimmy Carter. Ce fut aussi le cas en 2012 avec Barack Obama, en 1996 avec Bill Clinton et en 1980 avec Jimmy Carter. Dans ces trois derniers cas il s’agissait de présidents sortant mais affrontant un défi, au moins symbolique, pour leur re-nomination. Au cours des quatre dernières décennies, seuls les scrutins de 1988 et 1992 ont fait exception à la règle. En 1988 Dick Gephardt arriva en tête, mais la nomination revint à Michael Dukakis et en 1992 c’est Tom Harkin (enfant du pays, puisqu’il était alors sénateur de l'Iowa) qui l’emporta alors que Bill Clinton fut cette année-là le candidat présidentiel démocrate.
On ne retrouve pas une tendance aussi nette chez les Républicains. Ainsi en 2012 c’est Rick Santorum qui arriva en tête, et en 2008, Mike Huckabee. Mais ni l ‘un ni l’autre ne parvinrent à emporter la nomination du parti qui échoua dans les mains respectivement de Mitt Romney et John Mc Cain. Au cours des quarante dernières années hormis des présidents sortants, seuls trois républicains ont emporté la nomination après avoir remporté l’Iowa, George W. Bush en 2000, Bob Dole en 1996 et Gerald Ford en 1976.

2016 republican candidates, habing officially declared

De sorte que, côté républicain, il sera plus instructif d’observer, non pas le vainqueur, mais plutôt les trois premiers, car le futur « nominé » sera très probablement l’un de ces trois-là. Depuis 1972 seul John Mc Cain est parvenu à emporter la nomination du parti sans être monté sur le podium dans l’Iowa (il avait terminé quatrième avec 13% des voix).
L’Iowa  sert donc moins à désigner le vainqueur  final, qu’à définir un trio, voire un quatuor, de tête et identifier les premiers perdants et ainsi éclaircir les rangs des candidats. Ceux, et celle, qui totaliseront moins de 10% des voix auront beaucoup de mal à poursuivre leur campagne à moins d’un coup d’éclat la semaine suivante lors de la primaire du New Hampshire (9 février).

Donald Trump camapiging

Mais cette année, tous les regards se porteront inévitablement sur le score de Donald Trump. Le  trublion républicain joue très gros à l’occasion de ce premier vote. Caracolant en tête des sondages depuis six mois, alors que beaucoup le considèrent comme trop extrême et trop instable pour être « présidentiable », il a l’occasion de confirmer son statut de nouveau favori. A contrario, un score décevant,  le ferait tomber de son nuage.

sarah_palin 2

A l’évidence le milliardaire newyorkais est conscient de l’enjeu. Pour s’assurer de bien figurer lors de ce caucus, il a engagé Chuck Laudner,  le directeur de campagne qui obtint une victoire surprise pour Rick Santorum en 2012.  Il s’est aussi payé l’équipe de campagne la plus étoffée de tous les candidats ; pas moins de treize personnes rémunérées, quand ses adversaires se reposent principalement sur le travail de militants bénévoles… Enfin Trump a bénéficié la semaine dernière du soutien de Sarah Palin, l’égérie du mouvement du Tea Party et de l’aile populiste du parti républicain.

marco rubio

Selon les derniers sondages Trump est crédité de 34 à 39% des voix dans l’Iowa. Il devance largement Ted Cruz (21 à 24%) et Marco Rubio (12% à 15%).

Ted Cruz conservative

Au-delà du score obtenu par ces candidats, si ce trio de candidats arrivait en tête, même dans un ordre différent,  la course à la nomination du parti républicain serait de facto ramenée de douze candidats à trois. Ce qui serait déjà une clarification de taille.