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C’est le dernier échelon des élections de mi-mandat. Il concerne les scrutins véritablement  « locaux » : les sièges de gouverneurs, les représentants au sein des législatures d’Etat et même les élus des comtés.

Ces élections sont le meilleur moyen de connaître l’état d’esprit de l’Amérique.  Elles diront notamment si la « révolution Trump » est un accident lié à la personnalité hors norme de Donald Trump, ou s’il s’agit d’un bouleversement plus profond et plus durable.

A l’heure actuelle les Républicains contrôlent le siège de gouverneur dans trente-trois Etats, les Démocrates dans seize. Un seul Etat, l’Alaska,  est dirigé par un « indépendant ».  Beaucoup de ces Etats sont des Etats de l’intérieur, étendus mais peu peuplés. Des six Etats les plus peuplés, la Californie, le Texas, La Floride, New York, la Pennsylvanie et l’Illinois, trois ont des gouverneurs républicains (Texas, Floride, Illinois) et trois des Démocrates (Californie, New York, Pennsylvanie).

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En 2018 trente-six sièges de gouverneurs sont à pourvoir. Sur ces trente-six sièges, vingt-six sont actuellement détenus par un Républicain, neuf par un Démocrate et un par un Indépendant. 

Au-delà des gouverneurs les Américains voteront pour élire leurs assemblées d’Etat. Tous les Etats, sauf le Nebraska, ont une Chambre et un Sénat,. Il y a donc  99 législatures à renouveler Sur ces 99, 67 sont  contrôlées par les Républicains, pour seulement 32 par les Démocrates. Là encore, le rapport de force est du simple au double en faveur des Républicains. La différence est telle que les Républicains sont assurés de rester le parti dominant, à l’issue du scrutin. Même s’ils risquent de perdre quelques sièges et quelques majorités…

Les législatures ont ceci d’important qu’elles sont appelées à redessiner les contours des différents districts  à chaque nouveau recensement. A l’évidence une chambre à majorité républicaine établira un découpage favorable à ce parti et vice-versa. Le gouverneur se contentant d’entériner le découpage ou d’apposer son véto. D’où l’intérêt pour les Etats d’voir une législature et un gouverneur du même parti.

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A l’heure actuelle les Républicains contrôlent l’appareil législatif de trente-deux Etats. C’est à dire qu’ils y sont majoritaires dans les deux chambres. Les Démocrates ne contrôlent que quatorze Etats, moins de la moitié… Quatre Etats ont des législatures divisées.

Si l’on regarde les Etats où un même parti contrôle les trois leviers (gouverneur + assemblée  + sénat) on observe que les Républicains sont dans cette position dans vingt-six Etats et les Démocrates seulement dans huit.

Midtemrs election 2018 by county

Les Républicains abordent donc ce scrutin dans une position de force inhabituelle. Néanmoins ils sont plus exposés que les Démocrates. D’autant plus que, du fait de la limitation des mandats, le gouverneur sortant ne se représente pas dans une quinzaine d’Etats. Et c’est souvent lorsqu’un siège se « libère »,  qu’il change de parti.

Voici les scrutins à suivre le soir du vote. Il s’agit de ceux dont le résultat est incertain. Parce que les candidats sont au coude à coude. Ils sont une douzaine pas plus. Dont neuf aux mains des  Républicains.

Deux Etats vont dominer les scrutins dans le Sud des Etats-Unis, la Floride et la Géorgie

Midterms 2018 Governors Florida

En Floride, le gouverneur sortant Rick Scott, un Républicain, achève son second mandat et ne peut pas se représenter. Pour lui succéder le Républicain Ron De Santis, diplômé de Yale et ancien représentant de la Floride à Washington est opposé à Andrew Gillium, un afro-américain, maire de Talahassee. Il s’agit d’une des élections les plus serrées et les plus acrimonieuses de la campagne. Gillium doit affronter des accusations de corruption. Il a fait l’objet d’une enquête du FBI pour avoir accepté des cadeaux indus de la part de lobbyistes. Mais il n’a pas été mis en examen et a renvoyé à son adversaire des accusations de racisme et xénophobie. Le résultat est indécis.

Midterms 2018 governors Georgia

En Géorgie, le gouverneur républicain sortant ne pouvant se représenter, son secrétaire d’Etat Brian Kemp, est opposé à la démocrate Stacey Adams. Adams est noire et son élection serait à la fois une surprise et une double première en Géorgie. Elle deviendrait la première femme et la première personne de couleur à occuper le poste de gouverneur. Oprah Winfrey, la célèbre présentatrice télé, a fait le déplacement pour la soutenir alors que côté Républicain le vice-président Mike Pence est venu surplace. Adams a également bénéficié de l’attention bienveillante des grands médias, acquis à l’idée d’une élection  historique… La perspective d’une femme noire à la tête de la Géorgie fait saliver à gauche et ce scrutin, ainsi que la candidate démocrate ont reçu une couverture exceptionnellement importante.

Plus au nord, dans la ceinture de rouille,  trois Etats connaissent des affrontements serrés et importants.

Midterms 2018 Governors Ohio

Dans l’Ohio, le gouverneur sortant John Kasics, candidat à la nomination républicaine en 2016, ne peut pas se représenter. Pour lui succéder, pas moins de quatre candidats s’affrontent, un Républicain, un Démocrate, un « Libertarien » et une Ecologiste. Le Démocrate Richard Cordray devance le Républicain Mike De Wine de 5 points dans les sondages. Or l’Ohio est un Etat clé pour l’élection présidentielle. Il possède 20 « grands électeurs » et aucun président Républicain n’a été élu sans remporter l’Ohio. Ce scrutin est donc observé comme un prélude à l’élection présidentielle de 2020.  Le Président Donald Trump a prévu un détour par l’Ohio le lundi 5 novembre, veille même du scrutin.

Midterms 2018 Governors Michigan

Le Michigan est aussi contesté. Rick Snyder le sortant républicain arrive au terme de son second mandat. Pour lui succéder la démocrate Gretchen Whitmer, avocate de 47 ans, qui a toujours vécu au Michigan tient la corde. Largement devant le Républicain, Bill Schuette,  ancien représentant de l’Etat à Washington et actuel ministre de la justice de l’Etat. Donald Trump a remporté le Michigan en 2016 mais ce coup d’éclat n’a pas permis aux Républicain d’asseoir leur contrôle. Ils pourraient perdre ce siège au soir du 6 novembre.

Midterms 2018 Governors Wisconsin

La situation est presque identique dans le Wisconsin voisin si ce n’est que le gouverneur sortant Scott Walker bataille pour sa propre réélection. Walker est  une étoile montante du parti républicain. Elu gouverneur en 2010, il surmonta une tentative de « rappel » par les Démocrates, avant d’être élu à un second mandat en 2014. En 2016 il fut brièvement candidat à la Maison Blanche, mais renonça faute de soutiens.  Cette fois il est candidat à un troisième mandat  consécutif, ce qui est autorisé dans le Wisconsin. Mais c’est peut-être le mandat de trop. Malgré le soutien et la venue de Donald Trump, Walker est à la traine dans les sondages. En 2016 le Wisconsin était, avec le Michigan et la Pennsylvanie,  l’un des trois Etats « bleus » à être remporté par Donald Trump, lui ouvrant la voie de la Maison Blanche. Perdre cet Etat serait une défaite hautement symbolique pour les Républicains.

Le  «MidWest » est un fief républicain, où le parti de l’éléphant connait néanmoins quelques difficultés.

Midterms 2018 Governors Iowa

A commencer par l’Iowa. L’Iowa est un Etat agricole, célèbre pour être le premier à voter lors des primaires présidentielles.  C’est un Etat plutôt traditionnaliste avec une importante présence des églises  évangéliques. Le gouverneur élu, Terry Branstad a été nommé ambassadeur en Chine par le président Trump et remplacé par sa lieutenant gouverneur, Kim Reynolds, aujourd’hui en lice pour être élue à un mandat complet. Reynolds affronte le Démocrate Fred Hubbell, un homme d’affaire de 65 ans, natif de Des Moines, la capitale. Hubbell a bénéficié d’importants soutiens financiers et dépensé trois fois plus d’argents pour sa campagne qu’aucun autre candidat local avant lui. Il a dominé les primaires et mène dans les sondages. Les Démocrates ont fait de l’Iowa une cible en 2018, jugeant Reynolds vulnérable. Reynolds est une femme conservatrice de 58 ans, qui a imposé des limites à l’avortement, s’est opposée au mariage homosexuel,  a mené une politique pro-énergie, et qui a enfin défendu les tarifs douaniers de Donald Trump alors même que ceux-ci pénalisaient en retour les exportations de produits agricoles. L’issue du scrutin reste indécise. Mais,  la couverture médiatique de cette élection, largement défavorable à Reynolds, peut masquer la réalité du terrain. Reynolds et les Républicains espèrent sauver ce siège.

Midterms 2018 Governors Kansas

Au sud-est de l’Iowa, le Kansas est un autre Etat au résultat incertain. Le Républicain Kris Kobach y affronte la Démocrate Laura Kelly.  En l’absence d’un sortant,  mais en la présence d’un candidat indépendant Greg Orman. Kobach est un fervent opposant de l’immigration qui a bénéficié du soutien de Donald Trump pour remporter la primaire républicaine. Les Démocrates dénoncent en lui un « extrémiste » et rêvent de le voir tomber, cette défaite rebondissant sur le président. Kelly, au contraire est une démocrate centriste qui espère récupérer les Républicains les plus modérés. Toutefois Greg Orman pourrait la priver de ces voix et faire le jeu de Kobach. Le scrutin du Kansas sera l’un des plus observés de la soirée électorale.

Midterms 2018 Governors South Dakota

Dans le Dakota du Sud, en l’absence d’un gouverneur sortant la Républicaine Kristie Noem affronte le Démocrate Billy Sutton. Noem est une quadra qui fut pendant huit ans la représentante du Dakota du Sud à Washington. L’Etat est très peu peuplé et ne dispose que d’un seul représentant. Son adversaire est un enfant du pays, ancien champion de rodéo. Une victoire démocrate serait vue comme une conquête au cœur de l’Amérique de Donald Trump.

Midterms 2018 Governors Nevada

A l’Ouest des Montagnes Rocheuses, le seul Etat où un siège détenu par les Républicains se voit menacé,  est le Nevada. Là encore,  le sortant ne peut se représenter. Le scrutin oppose le Républicain Adam Laxalt, « attorney général » du Nevada au Démocrate Steve Sisolak, actuellement commissaire de comté. La campagne a reçu une attention nationale aux Etats-Unis car les propres frères et sœurs de Laxalt se sont engagés… contre lui. Laxalt est un conservateur, favorable aux réformes entreprises par le président Trump en particulier le contrôle des frontières et la lutte contre l’immigration clandestine. En 2016 le Nevada avait voté pour Hillary Clinton, les Démocrates en ont fait un de leurs objectifs majeurs pour 2018 car un siège de sénateur,  également détenu par un Républicain, est en jeu. Barack Obama a fait le déplacement pour soutenir les candidats démocrates. Sa venue n’a toutefois pas généré l’enthousiasme de celle de Donald Trump, qui a réuni dix fois plus de monde pour sa réunion publique.

Les sondages donnent Laxalt et Sisolak au coude à coude, et l’issue du scrutin est incertaine.

De sorte qu’à la veille du scrutin, les Républicains sont engagés dans une dizaine de batailles dont ils ne sortiront inévitablement pas toujours vainqueurs. Entre la Floride, la Géorgie, le Michigan, le Wisconsin, l’Ohio, l’Iowa, le Kansas, le Dakota du Sud et le Nevada. Ils risquent de perdre entre trois et cinq de ces Etats.

Et ils n’ont que très peu d’opportunités pour compenser ces pertes.

L’une se trouve en Alaska où le Républicain Mike Dunleavy a de bonnes chances de l’emporter face à un démocrate et au gouverneur sortant l’indépendant Bill Walker.

Midterms 2018 Governors Connecticut

L’autre se trouve dans le Connecticut, sur la Côte Est. Le Connecticut est un fief démocrate, un Etat résolument « bleu », mais le gouverneur Démocrate sortant, est très impopulaire. Il a augmenté les impôts, creusé le déficit et fait fuir les emplois… Aussi le candidat républicain, Bob Stefanowski fait presque jeu égal avec son adversaire.

A l’autre bout du pays, dans l’Oregon, sur la côte pacifique, la Démocrate Kate Brown, gouverneur sortante en lice pour sa réélection affronte le Républicain Knute Buehler. L’Oregon est un autre « Etat bleu », c’est-à-dire très progressiste et acquis aux Démocrates. Mais là aussi, le gouverneur est impopulaire du fait de hausses d’impôts, donnant une chance à son challenger Républicain. A noter que face à un électorat socialement très libéral, Buehler s’est démarqué du président Trump et a fait campagne comme un modéré, critique de la politique du président.

De ces trois sièges cependant, un seul va probablement basculer en faveur des Républicains, celui de l’Alaska. Une victoire  républicaine en Oregon ou au Connecticut serait un mini séisme politique.  

De même que les Républicains vont vraisemblablement perdre entre trois et cinq Etats, ils devraient également voir leur domination au sein des législatures d’Etat être amoindrie. Leur avance est telle cependant qu’ils seront toujours le parti dominant au soir du 7 novembe.

L’Amérique profonde restera le territoire de Trump.